RUTEBEUF
Le miracle de Théophile
(Ici va Theophiles à ses compaignons tencier,
premierement à .i. qui avoit non Pierres:)

Pierres, veus-tu oïr novele?

Or est tornée ta rouele,

Or t'est-il chéu ambes as:

Or te tien à ce que tu as,

Qu'à ma baillie as-tu failli.

L'evesque m'en a fet bailli:

Si ne t'en sai ne gré ne graces.

PIERRES respont.

Theophile, sont-ce manaces?

Dès ier priai-je mon seignor

Que il vous rendist vostre honor,

Et bien estoit droiz et resons.

THEOPHILES.

Ci avoit dures faoisons

Quant vous m'aviiez forjugié.

Maugré vostres, or le r'ai-gié.

Oublié aviiez le duel.

PIERRES.

Certes, biaus chiers sire, à mon vuel,

Fussiez-vous evesques e[sl]us

Quant nostre evesques fu féus;

Mais vous ne le vousistes estre,

Tant doutiiez le Roy celestre!

(Or tence Theophiles à .i. autre:)

Thomas! Thomas! or te chiet mal

Quant l'en me r'a fet seneschal.

Or leras-tu le regiber

Et le combatre et le riber.

N'auras pior voisin de moi.

THOMAS.

Theophile, foi que vous doi!

Il samble que vous soiez yvres.

THEOPHILES.

Or en serai demain delivres,

Maugrez en ait vostre visages.

THOMAS.

Par Dieu! vous n'estes pas bien sages:

Je vous aim tant et tant vous pris!

THEOPHILES.

Thomas! Thomas! ne sui pas pris:

Encor porrai nuire et aidier.

THOMAS.

Il samble vous volez plaidier.

Theophile, lessiez-me en pais.

THEOPHILES.

Thomas! Thomas! je que vous fais?

Encor vous plaindrez bien à tens,

Si com je cuit et com je pens.

In: Théâtre français au moyen âge, publié d'après les manuscrits de la Bibliothèque du Roi, par MM. L. J. N. Monmerqué et Francisque Michel. (XIe-XIVe siècles.) Paris, Firmin Didot Frères, 1842.

 
 

 




 



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